March 30, 2010

On couche Malik.




Dominic Vincent





Peggy est en train de l'habiller pour la nuit, un long et savant effeuillage suivi de son contraire aussi pénible et méticuleux. Malik la guide de sa voix essoufflée à en devenir insonore. Peggy l'écoute bien et ses gestes sont sûrs.

Avec Julien elle prépare son lit. Car il faut deux personnes pour s'occuper de lui. Il ne bouge plus que sa tête. Et ses poumons fonctionnent encore à condition qu'il passe une heure par jour sous le masque de son respirateur qu'il oublie si souvent.

Ils ont mis le paravent pour que je ne vois pas toutes les opérations nécessaires afin qu'il puisse dormir relativement à son aise. Le transférer, le dévêtir, le revêtir, vérifier sa sonde, bien positionner son corps et ses testicules seulement pour là pour la déco, ses deux serviettes, l'une pour se gratter la joue, l'autre pour rapprocher la sonnette qui ne manquera pas de remplir son rôle, deux ou quatre fois par nuit quand ses jambes et son cul lui feront mal. Et son coussin qu'il appelle chérie et qui lui permettra de se gratter le bout du nez, le drap bien au-dessous de sa lèvre inférieure afin qu'il puisse le tirer avec ses dents, l'alarme collée avec précision à sa gauche... et des tas et des tas de questions pour savoir s'il est bien.

Tous les soirs elles sont deux ou trois ou plus à passer une heure à tout faire pour qu'il se sente bien. Tous les soirs, et tous les matins, dans l'autre sens forcément, avec la toilette en plus, ainsi va la vie de Malik qui ne bouge plus que sa tête. Un cauchemar qui ne me semble pourtant pas si impossible à vivre tant il a de sourires et de bons mots. Son enfer ne me fait pas peur, il le rend si paisible.

Ça y est, c'est presque fait, il est couché, cinq sur cinq. Reconnaissant pour tout ce que l'on a fait pour lui comme le disent tous ses sourires. Dans son cocon parfaitement bordé comme il le veut, il taille une dernière petite bavette avec Peggy qui se prépare à partir tout doucement sans oublier de le quitter sur de jolis mots.

Je ne sais plus que penser, entre l'enfer et le paradis, je ne sais plus comment vivre ce que je vois. Il y a tant d'élégance en lui, l'homme qui doit certainement galoper dans sa tête dans de beaux champs de blé.




Martin Hazine
"Moonlight"
Art Model LilithMae




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