June 10, 2010

Le Conte de Souris




Souris se motive
Chapitre 3





Nous revoilà avec petit Souris. L'est pas bien grand, c'est vrai, tout perdu dans le canapé rouge de sa maîtresse qui veut bien qu'elle y monte s'il ne se lave pas. Et quoi de mieux que de le faire devant la télévision ? Se léchouillant donc d'un air pénétré, il regarde distraitement Bernard Heny Lévy aux prises avec Oprah Winfrey sur la controverse qui s'installe au sujet d'American Vertigo en pré-parution aux Etats Unis alors qu'il est français. Souris n'est pas plus intéressé que ça. L'aime bien Lévy, et Oprah, quoiqu'il préfère un bon film suédois pour se remuer les méninges, mais il s'en fout un peu des nationalités. Il se sent à peine chat, surtout pas homme, est en passe d'émigrer, et de toute façon il n'achètera pas le livre. La langue lavant à grands renforts de salive le tout petit carré au-dessus de la queue, si difficile à atteindre qu'il lui faut faire des élongations dont il se passerait bien, Souris cherche encore où il pourrait bien aller. Il se repasse sans cesse en boucle tout ce qu'il a vu du monde sur le petit écran, mais rien ne l'attire plus que ça. C'est sûr, à ce rythme-là, il ne partira jamais.

Dehors le soleil brille et le ciel est bleu. Souris va sur le bord de la fenêtre. L'allée qui mène à la maison est déserte. C'est dimanche. Un peu de vent anime les arbres, comme le courant les anémones. Souris regarde le ciel. Si bleu... Du haut de son intelligence, il se demande pourquoi il est né chat. C'est une question qu'il se pose sans cesse depuis qu'il a lu Nietzsche. Il dispose de la conscience, mais pas des moyens de la révéler. Dans un monde où tous les chats sont gris, comment être accepté si différent. Quelle est cette race qui se croit si supérieure qu'elle ne tolère aucune conscience ailleurs qu'en elle-même ? Souris à ces moments-là devient philosophe révolutionnaire.

Son attention est attirée par des remue-ménages dans le bosquet d'hortensias. Ses oreilles se dressent, il plisse les yeux et remue ses moustaches. Tous ses sens lui indiquent... un chat qui s'est coincé la patte quelque part. La fenêtre fermée l'empêche de discerner les effluves émotionnelles. En quelques bonds, il est dehors, dans la position du sphinx, museau et moustaches en plein travail. Il sent la peur de son congénère. Il laisse passer quelques secondes pour détecter une trace d'agressivité... Rassuré, il se précipite pour l'aider à sortir du piège.

Devant le bosquet, il s'arrête. Pas question de foncer comme un sauvage, Souris connaît les méfaits de la peur. Un miaou l'appelle. Ses oreilles se mettent au garde-à-vous. Un deuxième. Il prend son courage à deux pattes et avance en rampant jusqu'au chat prisonnier. Leurs regards se croisent. Souris baisse les oreilles. Il se sent tellement petit devant l'énorme fauve qui lui fait face, la patte coincée sous le revolver de l'arroseur. Chat de gouttière peut-être, constate-t-il au vu de la crasse qui semble s'être incrustée dans son poil doré, mais monstrueux, il ferme les yeux.

- Ça va t'prendre longtemps pour m'sortir d'là ? entend-il s'immiscer dans sa peur. Dis ! Tu vas bouger le nain ou j'te promets une sacrée danse quand j's'rai sorti d'là, j'te racont'pas.
Souris sent ses poils se hérisser.
- Dis l'andouille ! T'es comm'tes frères ? Aussi cons qu'eux ?
Une lumière s'allume dans sa tête.
- Mais comment j'vais sortir de là avec un trou duc pareil... Mon dieu, aide ton serviteur !
Souris se lève prudemment et va jusqu'à l'arroseur. Un regard le rassure, ni sang ni problème majeur. En fait, ça doit être la peur qui empêche le monstre de sortir parce que la patte est simplement glissée sous le tuyau. De ses deux pattes Souris le pousse, libérant le chat qui pousse un monumental ouf de soulagement.
- T'es p'têt pas aussi con qu't'en as l'air ! Tu parlerais pas des fois, hein ? Non ? Dommage. Tu dois pas faire des miracles, hein ?... J'f'rai bien la conversation, moi. Les miaous ras la touffe.
- Oui... glisse prudemment Souris.
- Hein ?! sursaute le monstre.
- Oui, je parle. Mais je comprends, surtout.
- Merci mon dieu ! Et tous ses apôtres ! s'exclame le monstre en entamant une gigue irlandaise pas piquée des vers.
En se reculant pour ne pas se retrouver comme quille dans un jeu, Souris sourit. Un petit sourire bien sûr, pour un tout petit chat. Mais un vrai sourire. Qui dit "merci la vie !".

2 comments:

Anonymous said...

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Anonymous said...

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