August 8, 2010

L'histoire Impossible 2




HP jour 1-2

Je m'installe dans ma chambre. Rien à casser. Un peu mieux que la Timone parce que plus récent, inauguré par Mme Jacques Chirac, et pas Bernadette, la pauvre. Dans l’ombre de son mari alors qu’il n’aurait jamais rien pu faire sans elle. Brrrr...

J'arrive à rentrer dans les toilettes en fauteuil. Le pied. Je fais le tour des lieux ce qui ne me prend pas une plombe. Faut juste que je pousse la chaise qui m'empêche de rouler de l'autre côté du lit où la couverture affiche fièrement son appartenance à l'hôpital que j'occupe, j‘aurais tant aimé oublier où je suis.

Soufflant comme un phoque, je viens juste d'ouvrir mon sac, je parviens en ahanant à mettre ma trousse de toilette dans les toilettes-pissoir-douche pourvues d'une alarme dans le cas probable où je ne puisse m'en sortir tout seul. Les WC c ‘est terrible dans mon état... De mon fauteuil à la cuvette c’est un calvaire, et souvent le jet commence avant que j’ai pu m’asseoir. Mais tout va bien, j’arrive encore à pisser comme chacun. Bon, d’accord, faut que j’appuie un peu sur la vessie, au moins quatre fois, les suivantes arrivent, mais je pisse encore comme un homme. Quel pied de le savoir. Il me reste ça, avant la sonde, et la couche, mais jamais je n’arriverai jusque là.

Même pas je range le reste de mon sac. Oublie. Impossible. J'suis vanné, crevé, privé de toute énergie. Pisser c’est pas évident dans mon état de décrépitude, un désespoir.

Quoi faire après les péripéties de ma vessie ? S'étendre et attendre. Mais pas sans confort ! J'adore les lits d'hôpitaux. Ça monte, ça descend, forcément et heureusement pour les infirmières qui viennent te piquer à horaires plus ou moins réguliers et qu'ont jamais la même taille. Rien n'est parfait. Tu peux avoir les jambes plus haut que le tête ! Ou l'inverse, y a tout qui bouge comme tu le veux toi, mieux que dans toutes les pubs ! Moi, ma position préférée c'est les jambes en l'air et la tête suffisamment haute pour que je puisse lire tout ce qui me tombe sous la main. Autant en profiter, d'ailleurs je ne prends jamais la télé. L'hôpital est le seul moment où je lis. Là je me suis tapé en cinq jours Bernard Simmonay et Barjavel que je dois finir, les patients m'ont occupé. A la maison je reste comme un con devant la télé à boire leurs imbécillités avec tout ce sang qui dégouline comme de la lave sur mon coeur déjà si lourd du poids de ma fausse humanité.

Vient l'heure de la bouffe, mon premier repas avec tous les habitants du 2ème étage de l'hôpital psychiatrique de la Conception où dans la salle télé est punaisée l'affiche du film The Sentinel dont le pitch est : "l'ennemi le plus dangereux est celui qui vient de l'intérieur." Ben voyons, j'suis sûr qu'ils l’ont même pas fait exprès.



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