February 26, 2017

Edito : I was a Marines



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Ça me fait du bien de me rappeler qu'avant d'être très bientôt tétraplégique j'étais un soldat d'élite, un Marines.

A San Francisco, j'ai loué le mess des officiers de Marines pour un groupe de 200 personnes et au lieu de veiller au bon déroulement de mon organisation, j'ai discuté longuement avec le Marines qui gardait l'entrée. On s'est vite aperçu que nous avions reçu le même entrainement, que nous étions frères d'armes. Avant que je le quitte car mon équipe avait besoin de moi, forcément, on s'est serré dans les bras et quitté sur un :
- Good bye brother.
Je ne l'ai jamais oublié.



Batterie d’Infanterie de Marine du Pacifique - Nouvelle Calédonie
Caporal Radio morse et aide de camp du Capitaine Jean pendant 12 mois - Classe 78/02, EVSOM, engagé 18 mois dont 6 mois d'entrainement de combat au 4ème RIMA de Fréjus où dans les boites de nuit était affiché "Entrée interdite aux chiens et aux militaires".






J’ai commencé par un stage de huit jours qu’ils appelaient stage commando. Je me doutais bien que ça devait être pire pour les vrais, mais on avait les peintures de guerre et la boue qui va avec. Quitte à faire venir un camion-citerne. On rampait sous le tir d’une mitrailleuse 12,7. Sous les barbelés, on n’a eu aucune perte à déplorer car on ne rampait pas, on creusait, morts de trouille. On s’enfonçait dans le sillon de boue du précédent. Le vacarme était étourdissant et le sifflement des balles terrifiant. Bien sûr, ils tiraient haut, on le savait mais ça ne nous a jamais aidé. Le plus dur, c’était de ne surtout pas salir mon Pistolet Mitrailleur. Le PM était l’arme du Radio. J’aurais préféré un bon vieux FSA, plus lourd mais bien plus précis. Avec un joli bois que j’aimais polir, la nuit. A la sortie nous attendait très impatiemment le Sergent-Chef Pietri, on n’allait jamais assez vite pour lui. Il vérifiait scrupuleusement chaque arme. Á sa décharge, un canon plein de boue ne sert plus à grand-chose :
- Et allez traverser la rivière. Jamais vu des soldats aussi sales.
On la traversait, l’eau jusqu’à la taille, les armes au-dessus de la tête, bien sûr. La rivière était large, marron, vaseuse et infestée de serpents verts et longs particulièrement agressifs nous avait-il prévenus avec un sourire cruel. Une fois sur l’autre rive, à moitié moins boueux et les rangers pleins de vase :
- Demi-tour ! Et n’oubliez pas la tête et le casque !




FSA - Fusil Semi Automatique




PM - Pistolet Mitrailleur



J’ai adoré la tyrolienne même si on devait sauter à cinq mètres dans l’eau en treillis et rangers. J’ai aimé les jeux de cordes, les pneus, les franchissements d’obstacles, les cours de combat à mains nues et au couteau, les courses d’orientation et de survie dans la jungle infestée de bêtes mortelles, l’art du camouflage. J’étais mort de fatigue, mais je ne cessais de me surpasser avec étonnement, là où des montagnes de muscles échouaient. Malgré mes 55kg, je passais les épreuves avec succès, toujours bluffé par la prodigieuse imagination des créateurs du long, vraiment long, parcours d’obstacles et d’accrobranche.

Par contre, j’ai eu un blocage à huit mètres de haut sur un étroit pont de planches branlant avec un énorme trou au milieu :
- Exécution !
Le mot m’a semblé bien choisi. Je suis resté paralysé, les ongles enfoncés dans l’écorce du papayer, les yeux rivés sur le gouffre à sauter avec mon sac de combat, ma radio C9, 30kg sur le dos et mon foutu PM avec ses chargeurs que j’avais déjà pris trois fois dans la figure.
- C’est facile. Tu as tout fait, tu peux le faire.
Il était sympa le Lieutenant Meynard. Il nous fournissait en gnôle tous les soirs. Il nous motivait gentiment en nous disant tout le temps que c’était presque fini.
- Je n’y arriverai jamais mon Lieutenant.
- Pourquoi ?
- Je suis trop lourd ! Il doit y avoir trois mètres à sauter ! Sans filet ! Je préfère la taule à la mort.
Je me voyais écrasé huit mètres plus bas, le corps désarticulé, dans les sept pour cent de pertes autorisées.
- Négatif, il y a exactement un mètre cinquante. Tu as sauté bien plus loin ! Allez, avance et tu vas voir.
De mots en sourires rassurants, je me suis approché du trou.
- Regarde, un mètre cinquante. De la rigolade. Regarde-moi.
Je ne l’ai plus quitté des yeux.
- Tu recules. Tu inspires. Et tu sautes !! Oui !!!
Il m’a recueilli dans ses bras, on s’est très vite séparé :
- Merci mon Lieutenant.
- Du bon boulot Pélier. Maintenant dans l’autre sens.


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